Du monde sur les ondes, de la bande FM au Web 

Du monde sur les ondes,
de la bande FM au Web 

Du monde sur les ondes, de la bande FM au Web 

 

            Une émission radio nous fait aller ailleurs, entendre la vie des autres. Elle est une plongé intimiste vers l’Autre avec un grand « A ». Elle autorise toutes les projections, toutes les identifications et toutes les appropriations. Elle est aussi, ne l’oublions pas – et il s’agit de sa fonction première – une inépuisable source d’information et de découvertes en tout genre. À l’heure où la toile est saturée et où les médias traditionnels ont du mal à se renouveller pour la grande majorité, la radio est l’alternative toute trouvée pour offrir à entendre des voix différentes.

 

La révolution radiophonique par Internet

            Il n’est pas excessif de format radio s’est transformé grâce à Internet. De simple bande FM que nous cherchions désespérement à capter avec les moyens du bord, la radio s’est étendue aux plateformes numériques. Ces dernières sont des banques de ressources sonores où nous pouvons puiser au gré de nos envies et de nos appétits intellectuels et sensoriels… Ainsi, les podcasts de notre émission préférée du moment accompagnent nos trajets. Nous les écoutons pendant que nous allons courir le matin ou le soir en vaquant à nos occupations. Leur écoute transforme nos voyages en train, raccourcit les distances que nous parcourons au quotidien. Ce nomadisme et ce rapport libéré de toute contrainte, que nous entretenons aujourd’hui avec le format radio inventé par le web. Notre utilisation d’Internet nous permet d’être plus sélectifs tout en élargissant notre horizon. Chaque radio FM a son site, et chaque émission peut avoir le sien propre également.

            La webradio, plus libre encore, faite avec les moyens du bord a ouvert les portes d’une variété de reportages, d’émissions et de documents sonores quasiment illimitée. Les podcasts, parfois affiliés à des plateformes d’écoute plus implantées comme celles d’arteradio ou des Nouvelles Écoutes, studio de production indépendant. Chacun peut ainsi retrouver sur SoundCloud par exemple l’émission féministe La Poudre consacrée aux créatrices, militantes, artistes, cinéastes et femmes d’horizons divers qui changent le monde, sur une proposition de Lauren Bastide, ancienne reporter puis rédactrice en chef du magazine Elle et chroniqueuse au Grand Journal. Le projet ambitieux et risqué au départ dans lequel elle s’est lancée fin 2016 n’aurait pu être possible sans la révolution numérique. Depuis, chaque épisode, relayé sur les réseaux sociaux, connaît un beau succès

 

 

Les webradios, une extension inédite de la création alternative

            Plus connues pour être le relais de voix militantes alternatives, vecteurs plus politisés, les radios qui fleurissent sur le web sont aussi des espaces d’expérimentations directs de nouvelles formes de communication autour de l’art ou de créations sonores faites par les artistes eux-mêmes. Radio Grenouille à Marseille ou la plateforme Radiorageuses, qui se proclame « nébuleuse des émissions radiophoniques de féministes, gouines, trans, femmes… » en sont des exemples concrets. Dans le domaine artistique, nombreux sont également les collectifs qui choisissent de créer  leur radio sur Internet. Mettant souvent aussi volontiers en avant un aspect militant, les webradios deviennent le relais idéal des activités de ces collectifs. De par leur positionnement d’emblée « hors-circuit », elles permettent de proposer des reportages ou documents bruts totalement « hors-normes ». Parfois, elles sont aussi le premier relais de leurs activités, ou de l’activité d’un lieu, comme Radio 23, la « radio performative du collectif 23 » qui occupe un lieu dans le 10ème arrondissement parisien.

            Attachée au centre d’art Khiasma basé dans le 93 (aux Lilas), R22 Tout-monde se définit quant à elle comme « la webradio des arts et du commun ». Lancée en 2014, elle s’envisage comme un « outil collaboratif ». En tant que tel, elle opère actuellement une dernière métamorphose de cette plateforme numérique radiophonique, ouverte depuis à un nombre grandissant d’artistes, collectifs et associations amis. Elle laisse par conséquent l’antenne à des collectifs connus ou moins connus, aussi diversifiés que Bétonsalon, Black(s) to the future ou Polychrome, l’association LGBTQI de l’École du Louvre, aujourd’hui menacée de disparition Son existence assurait cependant une belle visibilité au monde queer et à son influence dans les arts. R22 se donne pour tâche de « faire entendre des formes de vie et de prise de parole  dans des contextes sociaux, politiques et culturels différents. »

            Elle est ainsi l’émetteur de L’Autre musique se pense plus précisément, pour sa part, comme un laboratoire « bruitique », adepte du document brut grâce à ses enregistrements live de sons plus ou moins élaborés. Il en va de même pour les Instants Chavirés, dont les sons produits sont également hébergés par la plateforme de R22 Tout-monde et qui se pense comme « un laboratoire de musiques […] expérimentales, bruitistes ».  Le collectif a d’ailleurs investit l’ancienne brasserie Bouchoule pour y proposer projections-vidéo et créations sonores et visuelles contemporaines… Initié par Frédéric Mathevet et Célio Paillard, L’Autre musique (LAM) est un collectif d’artistes-chercheurs, éditant une revue numérique en ligne. LAM a pour objet la création sonore et toutes les formes polyartistiques expérimentales. LAM est ouvert à tous ceux qui veulent y contribuer ou y participer. Le laboratoire comme la revue sont pensés comme des lieux d’échanges, privilégiant les rencontres actives et les réflexions artistiques autour des problèmes particuliers que pose la création sonore contemporaine.            

Pour R22, LAM diffuse les propositions sonores récoltées lors d’enquêtes menées au coeur des ateliers des artistes convoqués. Les documents soumis à l’écoute des internautes sont, de fait, pensés comme des « archives vivantes et des ressources pour l’action », la plateforme se présente donc comme une boîte à outils dans laquelle chacun vient puiser ce dont il a besoin. Dans le domaine de la musique électro, la webradio collaborative pwfm, représentative de la communauté électro, qui est aussi un label, se positionnne comme « tremplin qui permet de promouvoir les jeunes producteurs et talents » de l’électro. Elle se décline de plus sous la forme d’un webzine, dernière corollaire de cette plateforme foisonnante.

          

  Ce ne serait pas trop s’avancer de dire qu’aujourd’hui les webradios prennent en quelque sorte le relais des radios pirates des années 60 et 70 dont l’épopée a été popularisée par le film Good Morning England sorti en 2009. Elles offrent des poches de résistances en choisissant des formats inédits, souvent longs, en opposition avec l’information « prête-à-consommer » et en invitant des intervenant.e.s que l’on n’entend ordinairement peu ou pas et leur offrent l’opportunité de s’exprimer. Des personnes dont les voix comptent pourtant, d’ordinaire submergées par le flot d’informations incessant auquel nous sommes tous soumis.

Crédits photos : Matthieu Gauchet et Anthony Belliot




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