Pour les lieux menacés de fermeture, la résistance s’organise !

Pour les lieux menacés de fermeture,
la résistance s’organise !

Pour les lieux menacés de fermeture, la résistance s’organise !

 

Alors que l’on vient d’apprendre que La Clef, cinéma d’art et d’essai situé dans le 5ème arrondissement de Paris donnera sa dernière séance le 31 mars prochain, force est de constater que les lieux culturels indépendants parisiens font partie d’un écosystème relativement précaire. Menacés de fermeture, ils passent alors à l’offensive lorsque nécessaire. Bien que de nouveaux projets urbanistiques et immobiliers rentrent en concurrence avec leurs activités, ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur leurs habitués et sur leur réseau pour se mobiliser. C’est ce qu’a fait la Péniche Cinéma, inquiétée par la mairie du 18ème arrondissement. En juillet 2017, on annonçait sa fermeture. La nouvelle tombait comme un couperet pour ce lieu emblématique. Retour sur une guérilla culturelle.

 

« Chronique d’une mort annoncée »

Cette semaine, Diggin est allé à la rencontre d’un tenant de la bataille contre les pouvoirs publics, Franck Delrieu,

 

propriétaire des lieux et directeur artistique, en charge de la programmation événementielle de la Péniche Cinéma, assisté de Gabriele Brennen. Ce lieu unique à Paris jetait l’ancre sur le Canal de l’Ourcq en 1999. Il autorise la rencontre entre réalisateurs émergents, producteurs, diffuseurs en circuits courts et amateurs qui ne pourrait se faire aussi librement nulle part ailleurs. La programmation éclectique propose des événements, projections, débats, ateliers de réalisation pour les 8-17 ans et pour les plus grands, en entrée libre. Le tout autour du format du court-métrage dont le lieu est un fervent défenseur. Vitrine de ce cinéma petit format, peu commercial, il lui permet de se faire connaître. Et tout simplement, d’exister.

Véritable tremplin pour les jeunes cinéastes, la péniche l’est aussi pour les acteurs de la scène techno actuelle.Comprenant un bar et une salle principale convertible en salle de concert en fin de semaine, elle offre une riche programmation musicale. Comme nous l’explique F. Delrieu, « c’est un tremplin de démarrage » qui a propulsé des groupes de techno qui sont devenus des incontournables de la nuit parisienne. En matière de cinéma, de « jeunes festivals ont démarré ici pour ensuite avoir plus de place » nous renseigne F. Delrieu. La salle ne pouvant accueillir qu’un nombre malgré tout restreint de spectateurs, ils sont ensuite hébergés dans des lieux de plus grande notoriété et plus institutionnels comme le Forum des Images pour certains.

Coup de théâtre l’été dernier : la péniche qui fournit une belle visibilité à tous ces créateurs, se retrouve arbitrairement menacée de fermer ses portes. Ordre est donné par le maire du 18ème arrondissement parisien de quitter les lieux. À la place, on prévoit une épicerie Carrefour et un lieu consacré à la danse, requis par la Bellevilloise, ancienne coopérative ouvrière de la rue Boyer transformée en café-concert et centre culturel qui abrite de très nombreux événements populaires depuis son rachat en 2006. Le même été 2017, ses propriétaires réinvestissaient par ailleurs la Miroiterie de Ménilmontant, dont la fermeture en 2014 avait serré le cœur de tous les musicos underground, punks parisiens et autres espèces en voie de disparition. Par la voie de son « appel à projets », la mairie mettait en concurrence des modèles économiques tout à éloignés. La situation s’annonçait alors défavorable pour la Péniche Cinéma.

 

« Nous sommes un peu comme des Indiens dans une galerie marchande »

Sommée de quitter ses berges d’ici le 2 janvier 2018, la Péniche Cinéma est pourtant restée à flots. Franck Delrieu, comédien dans une vie antérieure, est un familier du monde du théâtre et par conséquent, du fonctionnement du modèle culturel français. Il avoue ainsi, prêchant plutôt pour une libre concurrence saine et raisonnée, « nous n’avons jamais pensé subventions ». Il mise plutôt sur une « multi-trésorerie, avec une partie salle de concerts techno [l’entrée est payante pour ces événements, ndlr], une partie location et une partie restauration ». Concernant cette dernière activité, le propriétaire admet qu’elle n’est pas très rentable en basse saison, « la péniche étant éloignée des lieux de passage, les gens préfèrent s’arrêter ailleurs pour manger un bout », généralement plus en amont du bassin de la Villette.

Trois péniches associatives se suivent le long du canal : la Péniche Cinéma donc, la Péniche Anako et la péniche Demoiselle. Toutes les trois avaient été menacées de fermeture lors du projet de la mairie de reconvertir cette partie des berges qu’elles occupaient. Plus d’une dizaine d’emplacements devaient être attribués après examen des candidatures de nouveaux arrivants potentiels. Des péniches dédiées à des activités purement festives ou d’animation devaient supplanter les péniches associatives. Face à cette configuration, F. Delrieu ironise : « nous, on avait le sentiment d’être un peu comme des Indiens dans une galerie marchande. »

Forte de ses multiples activités qui réunissent beaucoup de monde, curieux, festifs et gens du quartier, la Péniche Cinéma a survécu contre toute attente grâce à une mobilisation sans précédent. Les gens venaient, passaient le week-end, organisaient des concerts improvisés. Il fallait tenir le lieu coûte que coûte. Le bras de fer qui se menait par David contre Goliath a fait des remous. Jusqu’à alerter la presse. Franck Delrieu admet que «les choses ont alors pris une toute autre tournure», notamment avec la parution de l’article de Marianne en août ; le Parisien et le Monde relayèrent également les informations, chroniquant ce combat pour le moins épique, également mené avec acharnement sur les réseaux sociaux. Les soutiens, anonymes ou publics, affluèrent. La pétition en ligne recueillait en quelques semaines plus de 23 000 signatures : une audience inespérée.

Néanmoins, le capitaine de la péniche y voit légitimement une logique : « on s’est fait une clientèle pendant cinq ans de travail, et depuis trois ans, on peut dire qu’on l’a stabilisée ». Un telle mobilisation, aussi massive, est le fruit, non pas du hasard, mais d’une belle continuité dans le travail mené durant de nombreuses années. La Péniche Cinéma a en outre pu s’appuyer sur sa voisine, la Péniche Anako, la « Péniche des cultures du mondes », organisatrice de célèbres jam sessions, comme la mensuelle jam « bluegrass », et de concerts de musiciens issus de la scène world. Elle représente pour la Péniche Cinéma un partenaire avec qui elle a « de très bons liens ». F. Delrieu ajoute : « on avait tout leur soutien, toute l’équipe derrière. » Elle-même s’est sauvée tout récemment, et in extremis, d’une fermeture définitive. La péniche des cinéphiles a de surcroît bénéficié du soutien de l’ «une des plus vieilles institutions de Paris » comme nous l’expose F. Delrieu ; « nous avons toujours eu de très bon rapports avec les Canaux. » L’implantation effective dans le tissu social du quartier ainsi que l’entretien de rapports amicaux et de solidarités : tous ces efforts menés par la Péniche avec F. Delrieu à la barre ont payé lorsqu’il a fallu résister à l’imposition du projet unilatéral du maire, présenté sans consultation ni des citoyens ni des acteurs culturels historiques de l’arrondissement. Après cette bataille gagnéE contre une décision inique, nous pouvons d’ores et déjà vous annoncer qu’une « soirée pirate » aura lieu en mars, sur le principe de l’entrée libre (chacun participe selon ses moyens). Elle sera organisée afin justement de remercier tous ceux qui ont participé à la résistance et à tous les amis de la Péniche.

Ne dépendant pas des budgets que l’État ou la région voudra bien leur attribuer, les lieux associatifs comme la Péniche Cinéma survivent parfois difficilement. Leur force réside pourtant dans cette autonomie vis-à-vis des pouvoirs publics. En effet, ils courent moins le risque de tomber du jour au lendemain sous le coup d’une décision unilatérale de fermeture comme le Tarmac, l’unique scène en France métropolitaine représentative de la francophonie, dans son métissage et sa variété. Le Ministère de la Culture annonçait sa fermeture le 31 janvier dernier, par la voie d’un communiqué de presse. Bien que sa programmation connaisse un succès critique et auprès du public, le Tarmac risque de ne pas survivre à la décision prise par le Ministère de la Culture. Le site est propriété de l’État français, ce qui complique les choses. Malgré la mobilisation et la prise de position pour son maintien par des personnalités comme l’auteur et musicien à succès Gaël Faye ou encore l’ancien ministre Jack Lang, le Tarmac se retrouve ainsi avec une étroite marge de manœuvre. Une pétition en ligne a été lancée, cependant. À l’heure actuelle, elle a recueilli plus de 12 000 signatures. Rien n’est encore perdu mais tous les navires culturels ne restent pas à flot face aux déferlements des mesures actuelles mettant en péril le secteur culturel, a fortiori lorsqu’il s’agit  de lieux perçus comme peu rentables ou amenant un public de niche. La Péniche Cinéma, quant à elle, reste un modèle de mobilisation exemplaire pour les combats qui – nous n’en doutons pas – restent à venir.




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1 Commentaire

  1. voulez-vous venir en parler sur Radio Aligre, un dimanche dans mon émission ?
    si nous pouvons vous aider avec nos propres moyens ?

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