Les 90’s en France,  plus qu’un come-back, un revival

Les 90’s en France, plus qu’un come-back, un revival


Les 90’s en France,  plus qu’un come-back, un revival


Les années 90, c’est une certaine idée du décalé, de l’esthétique qui ‘‘vient de la street’’, – pour le dire vite, sans rentrer dans la diversité des styles – , qui se démocratise, mais pas seulement.

Les nineties marquent aussi l’appropriation par tous d’une culture profondément pop en même temps qu’un désir partagé de simplicité, comme on le constate avec le normcore. Et cette esthétique-là, on la retrouve depuis les années 2010. Force est de constater qu’elle n’en finit pas d’irriguer les arts et les pratiques culturelles de chacun encore aujourd’hui.

Cependant, elle n’est pas seulement assimilée, purement et simplement. Elle apparaît aujourd’hui revisitée et repensée à l’aune des enjeux et des outils actuels.



D’hier à aujourd’hui : les continuités esthétiques


Les années 1990 se raccrochent aux fameuses années 80, – honnies ou adulées –, de par son allégeance à l’univers pop qui avait marqué la décennie précédente. On peut y voir là une première forme de continuité avec l’imposition des normes du streetwear dans la mode, par exemple.

Dans les nineties, la culture hip-hop ne cesse d’être de plus en plus populaire. Par ailleurs le rap, après s’être fait entendre auprès du grand public se démocratise. Alors que le grunge fait son apparition sur la scène musicale dans les années 1980, il se fait réellement connaître dans les années 90. Musique alternative la plus écoutée, elle a ses égéries avec Kurt Cobain, le leader de Nirvana ou bien Courtney Love, qui fut également sa compagne.

Kurt Cobain

Petit frère du punk et du heavy metal, le grunge perdurera d’une certaine façon, et toujours sous forme de subculture dans la culture métal. Ce dernier est un genre actuellement bouillonnant. En effet, il se divise en sous-catégories innombrables, du trash metal au nintendocore en passant par le viking metal, – lequel ressuscite aujourd’hui un chamanisme druidique et un folklore populaire de manière parfaitement inédite et inventive.

Pour ce qui est du style vestimentaire, on cultive chez la génération X une forme de nihilisme qui va à l’encontre des couleurs acidulées des eighties. Cependant il ne faut pas se fier aux apparences : les cheveux longs et décoiffés, les T-shirts monochromes légèrement délavés et les chemises de bûcheron de Kurt Cobain ne sont pas seulement une façon d’apparaître négligé, “de s’en foutre”. Le chanteur sait être attentif à son image, volontairement sobre et chic à sa façon.

En somme, les années 1990 voient naître ces dandys modernes que l’on croise désormais dans les rues, toutes appartenances sociales et toutes cultures confondues. Ils partagent tous un goût sûr pour une simplicité affichée. Ils savent s’habiller casual et cultivent l’esthétique du less is more. De manière plus générale, on voit de nos jours partout se répandre ce goût de l’épure ainsi qu’une tendance à aller vers toujours plus de simplicité, notamment avec toutes les déclinaisons du mouvement slow (slow food, slow design…).

En cinéma, on retrouve ce goût de la simplicité ainsi qu’une volonté d’échapper à un cadre trop réaliste. Des réalisateurs comme Alain Cavalier, particulièrement dans Le Filmeur (2005),  cherchent à répondre à cette aspiration. À l’époque des années 1990, l’utilisation des cassettes mini-DV et de la handy cam ouvre l’accès de la création cinématographique à tous. Le cinéma passe alors par cette démocratisation de fait et par l’emploi de moyens rudimentaires. Il renoue ainsi avec les années 70 et des cinéastes telle Carole Roussopoulos, qui enregistrait les mouvements de son époque, caméra à l’épaule. Elle était alors l’une des premières à faire l’acquisition d’une caméra vidéo portable, un « Portapack » Sony, sur les conseils de son ami Jean Genet. Cette esthétique brute, cette attention à l’essence des choses, on la retrouve dans le cinéma français des années 1990.


Avec l’idée d’une avant-garde « qui ne se serait jamais pensée comme telle » comme le dit Olivier Zahm, critique d’art, les arts plastiques font aussi l’objet d’un renouveau. Et cette transformation, subtile peut-être, n’en est pas moins profonde. En 1994, Olivier Zahm est commissaire de l’exposition L’hiver de l’amour, présentée au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (MAMVP). Auteur d’Une avant-garde sans avant-garde. Essai sur l’art contemporain sorti en mars 2017, il explique qu’ « au cœur d’une époque sans éclat, gagnée par l’idéologie néolibérale et postmoderne, une génération d’artistes et de jeunes commissaires exprimait le désir de sortir du vide général ».

Avec cette exposition, le décloisonnement des pratiques dans l’art contemporain se fait jour. On assiste à la mise à bas des frontières disciplinaires classiques qui s’avère fertile jusqu’à l’heure actuelle, comme on a pu le voir ces dernières années à l’occasion des biennales d’art contemporain, que ce soit à Venise ou Lyon.
En danse, on cherche à s’éloigner de la danse d’auteur des années 1980. En réaction, le début des années 1990 s’illustre alors par la création de la danse performative et de ce qu’on a appelé la « non-danse » à la suite de la journaliste Dominique Frétard. Parmi les artistes de ce courant le plus emblématique est peut-être Jérôme Bel, mis à l’honneur lors du dernier Festival d’Automne de Paris (13 septembre – 31 décembre 2017). Nombre de chorégraphes comme lui cherchent à faire revivre la « post-modern dance » américaine. Ils reprennent la démarche pluridisciplinaire qui la caractérisait et se traduisait par une ouverture aux arts plastiques ainsi qu’à la performance. À partir de ce moment-là, on pourrait presque dire que la danse sort du cadre de la scène pour rejoindre la catégorie, à proprement parler, des « arts visuels ».

Preuve en est que les films des spectacles de Jérôme Bel sont présentés lors de biennales d’art contemporain et au sein des musées comme au Centre Georges-Pompidou. Cet art vivant n’est plus seulement art de la scène. La danse, à partir des années 90, pense son histoire, et se (re)pense à partir de son histoire. Elle fait « révolution », dans le sens premier de « retour sur soi ».  


La réappropriation de l’esthétique des nineties passe par les moyens innovants actuels

Les années 1990 ont elles aussi fait leur transition numérique. Les dispositifs techniques actuels permettent de les revisiter pour mieux se réapproprier ce qui dans son esthétique nous a plu, que l’on souhaite, finalement, garder, non sans une pointe de nostalgie… Les comptes Instagram en hommages aux années 90 ne se comptent plus. Ils ravivent dans l’esprit de tout un chacun une esthétique à laquelle on aime se rattacher. Des comptes d’illustres inconnu.e.s comme celui de @shesvague axé people ou @90s.kurt en hommage au chanteur et guitariste de Nirvana, – on l’aura compris –, ou bien encore @90s.era consacré au R’n’B sont suivis par des milliers d’internautes.

Il s’agit, somme toute, d’un travail de mise à jour d’archives, comme a pu le faire l’artiste Guadalupe Rosales. Invitée en résidence Instagram par Los Angeles County Museum of Art (LACMA), elle a permis de faire revivre une communauté grâce à ses images archives. En juillet dernier, elle est la première artiste à être retenue pour cette expérience d’un nouveau genre qui consiste à confier l’animation d’un social media à un artiste. Travaillant sur l’image comme matériau archivistique, Guadalupe Rosales s’est rendue célèbre précisément grâce à l’ouverture d’un compte Instagram dédié à la jeunesse Chicana des années 90 : @Veteranas_and_Rucas. Elle a débuté son projet en 2015 en postant des images d’elle lorsqu’elle était jeune et traînait dans les rave avec sa propre bande, les « Aztek Nation ». Rapidement, d’autres utilisateurs lui ont soumis leurs propres photographies. Le compte est suivi par 115 000 personnes et réunit 3000 clichés, envoyés par des Latinos de toute la Californie du sud. Dans ce cas de figure, Instagram devient une plateforme d’archives partagées où les minorités trouvent la possibilité de raconter elles-mêmes leur propre histoire.

En termes de social media, il y a aussi du mauvais goût assumé qui se retrouve dans les mèmes les plus populaires de ces dernières années, avec nombre de références aux années 1990. Le retour en grâce des images pixellisées rejoint l’esthétique « sans filtre » de l’époque. Depuis les années 2010, on cherche à s’éloigner de l’esthétique lisse des années 2000. Les images retouchées ont fait trop de ravages dans les imaginaires semblerait-il puisqu’après la mode du nude, les stars féminines s’affichent désormais volontiers sans maquillage et certaines militent pour que ne plus apparaître photoshopées à outrance, comme Beyoncé qui menaçait de poursuivre H&M en justice si la marque modifiait les images prises lors du shooting. Au cinéma, en musique, et dans les arts vivants, on cherche à retrouver ce goût du brut, ce « grain », qui fait peut-être bien tout le sel des nineties.


L’héritage des années 1990, et dans une certaine mesure, des années 80, est encore vivace aujourd’hui, nous l’avons vu. Une forme de revival ‘‘soft’’ se manifeste particulièrement chez les auteurs et artistes des années 2010. Loin d’être seulement réservé aux nostalgiques ou à ceux appartenant aux générations précédant celle des millenials, le retour des années 90 s’explique par la création alors d’une discrète avant-garde, qui a su lancer des tendances que l’on a vu progressivement s’ancrer.




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